Publicité

Lundi 14 septembre 2009
«- Messire l'évêque, veuillez vous apprêter. Le nouvel intendant de Fort-aux-Bois vous attend.»

A ces mots, l'homme de foi senti un frisson lui parcourir la nuque. Ce satané capitaine avait dû prendre le pouvoir au nez et à la barbe de cet imbécile de Philippe. Jamais l'Agile n'aurait du envoyer cette missive au Duc, il le lui avait pourtant répété maintes fois. Mais le Seigneur n'en avait fait qu'à sa tête comme à l'accoutumée. Cette affaire n'aurait du concerner que les autorités spirituelles. Cela lui apprendrait de s'appuyer sur des hommes politiques pour arriver à ses fins. Le Pape le leur avait toujours dit : « L'homme de pouvoir n'a pour seul but que de prendre la place de notre créateur sur terre. Flattez les, influencez les, mais ne les laissez jamais prendre de décisions concernant nos affaires. »

Alors qu'il traversait les couloirs sous bonne escorte, il commença à spéculer sur son sort à venir. Le Duc n'avait jamais été un homme de foi. Il avait certes laissé à chacune de ses régions la liberté d'exercer les cultes locaux, mais son regard sur la Sainte Église avait toujours été beaucoup moins bienveillant. Le Pape et lui se détestaient, et ce bien avant le premier soulèvement de Fort-aux-Bois. Le Duc était un homme de lettre, passionné par toute les cultures indigènes. Il entretenait d'excellentes relations avec les Monarques d'Orient ainsi qu'avec les Rois du Sud. C'est ainsi que lorsque le Pape demanda assistance pour reprendre la ville sainte aux hérétiques, celui-ci refusa. Depuis, il régnait entre les terres ducales et la papauté un climat glacial.

Aujourd'hui, le duché avait toutes les excuses pour entrer en guerre ouverte contre la Sainte Église, et c'est lui, simple évêque, qui en ferait les frais. Le Capitaine de Seine semblait aussi peu enclin aux choses divines que son monarque, et, il en était sûr, il n'hésiterait pas à l'exhiber sur un gibet afin de calmer toute ardeur insurrectionnelle dans la contrée. Lorsqu'il arriva devant la salle du trône, il se retint difficilement de pleurer.

« - Ah, Mon bon évêque, vous voilà enfin ! J'espère que la garde n'a pas été trop pressante à votre égard ? »

« - Oui... enfin, je veux dire non... »

L'arrogance que l'on voyait habituellement dans les yeux du capitaine avait totalement disparue. L'officier avait un air plus posé, voire bienveillant.. Il se leva de son trône afin d'accueillir son hôte.

« - Détendez-vous, mon ami... Si j'avais voulu me débarrasser de vous, vous seriez déjà pendu au bout d'une corde. Voyez-vous, malgré nos divergences, je vous respecte. Vous servez votre église avec la même loyauté que celle avec laquelle je sers mon Duc. Le Seigneur Philippe a abusé de votre foi, il s'est servi de vous à des fins politiques, et cela est inacceptable. Nous entrons dans une période difficile où les sujets de Fort-aux-Bois auront besoin de bergers. Laissez-moi guider les corps et je vous laisserai guider les âmes. »

« - Je ne comprend pas... En quoi le Seigneur Philippe aurait-il trahi notre Eglise ? Et quelle est cette période difficile que vous nous promettez ? »

« - Laissez moi vous raconter tout cela, Messire l'évêque. Je vous expliquerai aussi en quoi votre influence m'est indispensable pour mener à bien cette mission délicate. »

Quand l'évêque sortit de la salle du trône, il était hébété. Comment avait-il pu se laisser berner ainsi par l'Agile ? Mais l'heure n'était plus aux regrets. L'intendant de Seine avait besoin de son soutien et il le lui donnerai sans réserve. Le Malin était aux portes du Fort et si Dieu voulait qu'il s'allie avec un mécréant pour que le bien triomphe, il le ferait sans aucune hésitation.


---


« - Jehan, il est l'heure, hâte toi. »

Jehan ouvre les yeux doucement. Agathe lui sourit tendrement.

« - Un bol de lait chaud t'attend en bas. Les enfants sont levés et te réclament. »

Le soleil brille par le fenestron et sa douce chaleur vient caresser sa joue. Il entend le chant des oiseaux dans la clairière en contrebas tandis que Renan et sa sœur rient de bon cœur dans la cuisine. Il se lève doucement, et malgré cela, sa tête se met à tourner. Quelle mauvaise nuit ! Depuis son plus jeune âge, il ne se souvient pas avoir fait de pareils cauchemars.

A la cuisine, sa famille l'attend. Sa fille lui saute dans les bras et, pour une fois, sa jambe ne le fait pas souffrir. Renan le salue d'un grand sourire. Il vient se joindre à eux à la table.

Il est temps d'aller poser les collets. Jehan propose à son fils de l'accompagner, et celui-ci accepte avec enthousiasme.

La journée est chaude et belle. Père et fils discutent des ragots du Fort en exécutant leur travail. A la stupéfaction de Jehan, Renan demande même à son père l'autorisation de rejoindre l'armée duccale. Le vieil homme est touché de savoir que son fils veut suivre son chemin. « A l'automne, nous verrons » lui dit-il en essayant de masquer toute fierté dans sa voix.

Il est l'heure de rentrer. Arrivé devant la chaumière. Jehan n'entend plus le chant des oiseaux. Il se tourne vers son fils, mais celui-ci a disparu. Un vent glacé se met à souffler. La porte de la maison s'ouvre, Agathe et la petite sont là. Elles sont immobiles. Leurs regards sont vides et leur teint terreux. Jehan recule mais chute. Les deux créatures qui furent autrefois de sa famille sont déjà sur lui et tentent de le dépecer vivant. Jehan veut hurler mais aucun son ne sort de sa bouche. Il tente de se libérer de l'emprise des deux monstres mais rien n'y fait. Au loin il entend une voix familière.

« - ean, eveil et où, iha hu huis ehié hé ab ! »

Les mains renforcent leurs prises, le murmure approche.

« - Jehan, reve vous, il y a hu buis dehiè les arb ! »

Les mains décharnées serrent plus fort mais Jehan parvient à se libérer. La voix est maintenant limpide.


«- Jehan, réveillez vous bon sang ! Il y a du bruit derrière les arbres ! »

Lorsque Jehan ouvrit les yeux, la nuit était toujours là. Le Sergent Hardi le secouait fermement. Il eut pendant un instant envie de pleurer, mais se reprit très rapidement. Son compagnon semblait terrifié.

«- Au bruit, il doit y en avoir au moins cinq. Préparez-vous au combat, la Jambe. »


---


« - Combien de temps comptez-vous m'assigner à résidence avant de me pendre, Intendant de Seine ? »

De Seine ne répondit pas, prit une chaise et s’installa face à Dame Aimerud. Malgré la nuit agitée qu’elle était en train de passer et les quelques bousculades que la nouvelle garde avait dû lui faire subir, la châtelaine n'avait rien perdu de sa dignité et de son élégance. De Seine avait été séduit dès sa première rencontre avec elle, mais il n’était sûrement pas là pour conter fleurette à une dame, qui plus est celle du Seigneur qu’il venait de renverser. Il se contenta de lui sourire le plus innocemment possible.

« - Madame, je ne vous tiens nullement pour responsable des évènements de ces derniers jours. Par contre je suis sûr que vous en savez suffisamment pour nous être utile. »

Aimerud ne sourcilla même pas. Le nouvel intendant fût impressionné par autant de maitrise.

« - Intendant, je ne vois pas de quoi vous parlez. Certes on prête à ma contrée des mœurs particulières, mais cela concerne le bas peuple. Notre aristocratie n’a jamais été… »

De Seine la coupa net.

« - Madame, je pense avoir fait preuve de bonté à votre égard en vous évitant une audition publique. Pourquoi abuser de ce privilège en me prenant pour un imbécile ? Vous savez pertinemment que le clergé du Fort est composé de fous furieux qui vous détestent… Pourquoi ne pas voir en moi un allié ? Je suis un étranger et les «*autochtones*» me détestent, tout comme vous. J’ai eu loisir de me renseigner avant mon arrivée au Fort et je sais que vous vous passionnez pour tout ce qui touche à l’occulte. »

L’intendant se leva et se rapprocha du lit de Dame Aimerud. il le déplaça d’une cinquantaine de centimètres sans trop d’effort. Au sol était dessiné un pentagramme. Il sentit la jeune femme se raidir.

« - Vous usez de sorts de protection dans votre chambre, la moitié de vos domestiques sont connues par chez vous pour être adeptes de sorcellerie... Je sais très bien que votre magie n'a rien à voir avec celle qui nous touche en ce moment, mais je sais aussi que vous avez les armes pour m'aider à en venir à bout. »

« - Mais de quelle magie parlez-vous ? Je vous jure que je ne suis au courant de rien ! »

« - Plusieurs cadavres se sont réveillés dans la région récemment et votre époux est impliqué dans ces événements. »

Dame Aimerud explosa en sanglots.

« - Le porc ! Le fou ! Mais comment a t-il pu ? Qui est donc la garce dans mon entourage qui l'a aidé ? »

« - Nous n'en savons rien Madame. Elle est morte dans les geôles du fort. »

La châtelaine arrêta net de pleurer. Dans son regard, de Seine pouvait lire de la détermination.

« - Très bien, Intendant, vous avez mon soutien. Je vous aiderai à mettre fin à cette abomination. »


---


« - Vous les entendez ? Ils se rapprochent. Si vous maitrisez vos ardeurs chevaleresques nous devrions nous en sortir sans encombres. »

Le ton du Sergent Hardi était cassant. Mais les lubies de Jehan leur avait déjà fait perdre un cheval et ils ne pouvaient plus se permettre de faux pas. En regardant le vieil homme, il fut pris de remords et tenta de lui adresser un sourire rassurant.

« - Ne vous inquiétez pas Jehan, nous nous tirerons de ce mauvais pas. »

Le Sergent ramassa un rondin de bois qui trainait dans la neige. Il avança vers le fourré d'où venait le bruit et fit signe à Jehan de rester en retrait. Lorsque la première créature apparut face à eux, il lui assena un coup violent en plein crane. La tête explosa et le corps s'écroula instantanément.

Deux autres firent irruption. La première chose tenta de presser le pas en poussant de petits gémissements d'impatience. Le sergent l'envoya au sol d'un coup de pied dans le genoux qui rompit dans un craquement sonore. La deuxième abomination reçut un coup de rondin qui lui arracha la mâchoire.

« - Ne trainons pas... Finalement mieux vaut ne pas attendre l'aube pour rejoindre le fort. »

Ils enfourchèrent leur unique monture pour s'enfoncer dans la nuit. Ils galopèrent deux heures, ne croisant que quelques petits groupes de cadavres ambulants sur leur chemin. Quand le soleil commença à éclairer le ciel, ils pouvaient voir le fort. Hardi fut d'abord soulagé, mais rapidement ce sentiment fît place à de l'angoisse et du désespoir.

« - Sommes-nous arrivés ? » demanda la Jambe derrière lui.

« - Oui, mais il semble falloir modifier nos plans... Jamais nous ne pourrons rejoindre le fort vivant. »

---


« -Capitaine, j'attends votre rapport. »

De Seine surprit le jeune La jambe qui luttait contre le sommeil à côté de l'observatoire de la tour sud du Fort. Il remarqua que le jeune homme ne s'était pas encore fait à son nouveau grade. Le voir tenter de garder un semblant de modestie dans sa posture l'amusa.

« - La garde est rassemblée. Elle attend dans la cour pour connaître vos exigences. »

L'intendant parût étonné.

« - La garde m'est déjà acquise ? Il n'y a aucune escouade récalcitrante ? »

« - Nous avons fait face à quelques échauffourées dans les premières heures de votre accession au trône, mais depuis l'aube, les quelques rebelles se sont rendus. »

« - Rendus ? Sans aucune raison ? »

Le jeune officier prit un air grave.

« - Malheureusement, il y a bien une raison, Intendant... »

La Jambe lui indiqua du doigt la clairière qui entourait le Fort. Elle grouillait de ces horreurs ni mortes, ni vivantes.

« - Nous sommes assiégé, Intendant. Je crois que les habitants du Fort ont compris que nous étions leur seule chance de salut. »
Par Steuf ! Rabier - Publié dans : Episodes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 31 août 2009
Après un été de break et le naissance de mon fils Anton, Le feuilleton Marche Funèbre reprend bientôt. L'épisode 7 est en cours d'écriture. Au menu, des manipulations politiques et un road movie médiéval au pays des zombies.

Encore une fois merci à tous ceux qui me lisent, illustrent les épisodes et me soutiennent !
Par Steuf ! Rabier - Publié dans : Infos
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 13 juin 2009
« - Froide nuit que celle-ci ! N’est-ce pas mes amis ? »

Les deux gardes en faction aux cellules sursautèrent. Ils n’avaient entendu aucun bruit de pas dans le couloir. Le plus grand des deux avait déjà défouraillé sa dague.

« - Holà, compères ! Calmons nous ! J’ai du mal à trouver le sommeil, je me suis dit qu’un godet de cidre me ferait sûrement du bien… Ensuite je me suis dit qu’un peu de compagnie ne me ferait pas de mal non plus ! »

Le Sergent Hardi se tenait face à eux, un sourire au lèvre et une outre de cidre dans la main.

« - Sergent, nous sommes chargé de garder ces cellules, à aucun moment nous ne pouvons nous permettre de discutailler avec le premier venu durant notre service. Qui plus est avec un Sergent du Duché qui s’est vu signifier une expulsion du Fort. » lui lança le grand garde d’un ton condescendant.

Hardi ne se départit pas de sa mine joyeuse et lui retourna d’un ton affable :

« - Au vu de la tempête, vous devrez encore supporter notre présence quelques jours mon ami. Et puis je ne suis qu’un petit gradé, les histoires de politique, je dois l’avouer, me passent un peu par-dessus la tête. »

« - Cessez donc d’essayer de nous bonimenter, Sergent ! Je vous… »

Le garde stoppa net. Il fixa d’abord Hardi d’un air interrogateur et baissa les yeux. Une dague venait de pénétrer dans son dos et sortait de sa poitrine. La lame se retira vivement et le malheureux tomba à genoux avant de lâcher son dernier souffle.

Le deuxième garde essuya son arme avant de la rengainer. 

« - J’ai cru comprendre d’après le Capitaine que le temps nous était compté… »

« -En effet ! »

« - Dans ce cas, allons chercher la Jambe. »

---

« - Un autre godet, jeune homme ? »

Renan la Jambe refusa d’un signe de la main.

Déjà une bonne heure que le Capitaine de Seine l’avait laissé seul dans la taverne. Quand le jeune homme avait tenté de poser une question, l’officier l’avait coupé net et lui avait répondu : « Nous n’avons plus le temps pour la conversation, je dois mettre mes pions en place ». Il s’était ensuite dirigé vers un homme assis à une table au fond de la pièce. Le mystérieux compagnon du Capitaine fit frémir Renan ; C’était une sorte de géant aussi large qu’un bœuf et ses mains étaient épaisses comme autant de battoirs. Il portait une longue moustache noire et ses cheveux étaient coupés très courts. Une longue balafre parcourait la partie droite de son visage. Le jeune la Jambe en déduit que cet homme avait du un temps embrasser la carrière militaire. Leur conversation avait duré une dizaine de minutes avant que tout deux se lèvent et quittent l’auberge.

Renan devait se faire à cette idée : Le Capitaine de Seine ne lui faisait pas confiance. Le jeune homme avait eu l’orgueil de croire qu’il avait un rôle à jouer dans cette aventure, il s’était même cru plus fin que le Sergent Hardi. Quelle naïveté ! Sous son air bonhomme, le Sergent était un agent chevronné au service du Duché, quant à lui, il n’était qu’un fardeau imposé à cette expédition. A cette idée, le jeune homme fût pris d’un sentiment de découragement. Il décida donc de commander un gobelet d’eau de vie.

A peine son godet fût il posé sur la table, que le Capitaine entra dans la taverne. Il s’approcha de Renan, lui prit la liqueur, et la but d’une seule gorgée.

« - L’heure n’est plus à l’éthylisme, jeune la Jambe, un coup d’état nous attend. Suis-moi donc dehors. »

---

« - Où allons-nous ? »

« - Vous mettre à l’abri. A quelques lieues d’ici, une garnison ducale nous attend. »

Le vent et la neige giflaient violemment le visage de Jehan la Jambe. Lui-même ne comprenait pas comment il avait réussi à enfourcher ce cheval et suivre le Sergent Hardi au milieu de cette tempête. Ce séjour dans les geôles du Seigneur l’Agile l’avait anéanti tant physiquement que moralement. Un seul repas lui était servi chaque jour : un bol d’eau tiède agrémenté d’une pomme de terre et un morceau de pain rassis. Hormis ses gardes, il n’avait eu pour toute visite que celle du Capitaine de Seine. Pourtant l’arrivée de son fils au Fort lui avait bien été signifié, mais celui-ci n’avait pas daigné lui rendre visite. Il savait bien qu’il n’avait pas toujours été le père que Renan aurait voulu, mais comment la chair de sa chair pouvait le penser capable d’un acte aussi monstrueux ? Nombre de fois, les gardes s’étaient gaussé de sa solitude : « A quoi t’attendais-tu ? Tu n’es même pas digne d’être considéré comme humain… Ton fils sera bien plus heureux lorsque nous t’aurons brulé ! ». En repensant à ces humiliations subies, il eut du mal à réprimer un sanglot. Mais il n’était plus temps de se morfondre. Il fallait galoper jusqu’au camp avant que le Fort n’ait vent de son évasion.
Alors qu’ils traversaient une clairière, se profila au loin un groupe d’hommes qui semblaient errer sans but. Étaient-ils déjà arrivés au camp ? Le Sergent Hardi se tourna vers le vieil homme et lui cria : 

« - Ne ralentissez pas et défouraillez votre arme ! »

Jehan se raidit sur sa selle. Il empoigna la dague donnée par Hardi lors de son évasion et tenta de trouver la meilleure assise possible. 

Lorsqu’ils furent au niveau du groupe, le sergent tendit son arme sans hésitation et coupa la tête de la créature la plus proche de lui. A ce moment là, Jehan ne sentait plus ni le froid ni le vent. Il reconnaissait ces monstres. C’était bien ces choses qui avaient détruit sa vie. Il sentit comme une fièvre monter en lui et changea légèrement de trajectoire pour foncer en direction d’un groupe de trois. Il poussa un hurlement grave et puissant, réminiscence du vaillant guerrier qu’il avait été. Sa dague transperça le poitrail du premier qui tomba comme un pantin quand celle-ci se retira. Il fit voler la tête du second et arracha l’épaule du troisième en cabrant son cheval puis prit la direction d’un autre groupe plus important. Il n’entendit pas le cri de Hardi qui était déjà loin de la meute :

« - Ne restez pas là, imbécile ! »

---

« - Mon garçon, je te présente l’armée de libération de Fort-au-Bois. »

Devant Renan se trouvait un groupe d’au moins une trentaine de personnes. C’était la fine fleur des malandrins du Fort. Tous semblaient d’origine misérable, étaient sales, puaient la sueur et l’alcool bon marché. Mais l’arsenal en leur possession était impressionnant : Haches à deux mains, cimeterres, arbalètes… Il se trouvait bien face à une armée. Un petit homme trapu s’approcha de lui et tendant le manche d’une épée fort bien équilibrée. De Seine posa une main sur son épaule.

« - Renan, il est temps de te montrer digne de la réputation de ton père. Tu prendras la tête d’une escouade de quinze hommes. Vous resterez à l’extérieur de la résidence du Seigneur. Toute personne, civile ou militaire tentant d’entrer ou sortir du château doit mourir. Tu m’as bien compris ? Je ne veux aucun doute, aucun état d’âme. De toute façon ces sentiments sont étrangers à tes hommes. Pendant ce temps, je m’en irai nous débarrasser de ce cul-terreux de Philippe. »

---

« - Relevez-vous bon sang ! J’arrive »

Hardi éperonna violemment son cheval et fonça en direction de Jehan. Le vieil homme tentait désespérément de se relever tandis que la meute hideuse déchiquetait sa monture. Dans sa hâte d’en découdre, le vieillard s’était laissé déborder de tous côtés. Grâce à Dieu, les créatures lui avaient préféré la chair jeune et ferme du cheval. L’animal avait poussé un hennissement déchirant avant de sombrer sous les assauts de ses prédateurs.

Le sergent tenta de faire place nette autour de lui pour atteindre Jehan. Il pouvait sûrement se frayer un chemin sans avoir à combattre, mais il savait que les créatures risquaient de l’encercler au moment de l’extraction. Il fit donc tournoyer son épée et les membres de ses ennemis volèrent de toute part.

Arrivé au niveau du vieil homme, Hardi sauta de son cheval sans lâcher sa bride. Les choses semblaient avoir apprécié ce type de viande et il était hors de question de perdre leur dernier moyen de se tirer de ce mauvais pas. Il en démembra encore quelques-uns avant de tendre une main ferme au vieil infirme. Celui-ci réussit à se relever et monta tant bien que mal sur le dos du cheval. Le sergent se remit en selle d’un bond agile et fit galoper sa monture au plus loin de ces abominations.

---

« - Halte ! qui va là ? »

À peine eut-il énoncé sa sommation, que la première sentinelle se retrouva transpercée par un carreau d’arbalète au niveau de la poitrine. L’armée de canailles que de Seine avait formée commença son invasion.

Le Capitaine prit la tête de l’expédition, accompagné de six hommes armés de rapières. Ils ne firent aucun quartier. Toute personne croisant leur route était destinée à mourir. La garde de Philippe, comme la plupart des gardes de palais, n’était pas préparée à ce genre d’assaut. De petits groupes arrivaient de toute part, mais aucun ne semblait savoir vraiment quoi faire. De temps à autres le Capitaine les haranguait :

« - Ne soyez pas stupides, capitulez et joignez vous à moi ! L’Agile ne mérite pas que l’on meure pour lui ! » 

De Seine aimait ce genre d’opération. Il était passé maître dans l’art de renverser les gouvernants des provinces récalcitrantes. Il savait appuyer sur les plaies les plus douloureuses afin de pousser son adversaire à l’erreur diplomatique. Après il n’avait plus qu’à former une armée grâce aux mauvaises fréquentations qu’il avait tissé dans chaque contrée dépendante du Duché. Il aimait cela aussi, lui le fils de bonne famille, s’acoquiner avec la canaille. Si on les payait bien, ils pouvaient devenir les meilleurs soldats possibles, sans attaches ni remords. Ici le coup d’état serait rapide, il le savait déjà, mais la régence provisoire risquait d’être beaucoup plus ardue. L’apparition de ces morts-vivants ne lui disait rien qui vaille, et par expérience, il savait que ce genre de choses ne restait jamais un incident isolé.

Les arrivées de gardes se faisaient de plus en plus clairsemées, le gros de la troupe avait dû resserrer la protection aux quartiers du Seigneur. Il ne restait qu’une paire de corridors et il serait face à lui.

---

« - Mais qu’a t’il bien pu se passer ici ? »

Toute forme de bonhomie avait disparu du ton du Sergent Hardi. Dans le camp où devait les attendre l’escouade, Tout était détruit. Les tentes étaient arrachées et tachées de sang, les traces de pas montraient qu’il y avait eu combat en ces lieux. Le pire était surtout ces cadavres d’homme et de chevaux qui jonchaient le sol anarchiquement.

« -mmmmh… A… à l’aide…. » 

La voix venait d’un des cadavres. Il avait les deux jambes arrachées et son teint était livide. Lorsque le Sergent et Jehan s’approchèrent, il réussit à tendre une main vers eux.

Le Sergent défourailla sa dague et lui planta dans le cœur. Jehan était pétrifié. 

Hardi se tourna ensuite vers le vieil homme et lui dit :

« - Nous allons brûler tous les corps. Tous sans exceptions. Si l’un d’entre eux est encore en vie, nous l'achèverons et nous le brûlerons également. Dès que le soleil sera levé, nous retournerons au Fort en priant que les plans du Capitaine se soient bien déroulés. » 

--- 

« - Messire Philippe, par les pouvoirs qui m'ont été conféré par le Duc, je vous démets de vos pouvoirs de suzerain sur les terres de Fort-au-Bois. Je prend le contrôle de cette région provisoirement. Vous serez mis aux arrêts pendant cette période de transition. Lorsqu'un nouveau seigneur aura été désigné par le Duc, les nouvelles autorités disposeront de votre sort. Nul n'est besoin de vous dire que des preuves de bonne volonté de votre part durant cette période seront appréciées. Votre destin est entre vos mains, Philippe. »

Le Seigneur était à genoux, ainsi que les derniers membres valides de sa garde. Le Capitaine de Seine le toisait avec un sourire satisfait. Il arrivait donc au terme de son règne... Il leva la tête vers le Capitaine et lui dit :

« - Je déclare ne pas m'opposer à cette destitution, Capitaine. Ces derniers mois j'ai cru agir dans l'intérêt de Fort-au-Bois, mais je me suis fourvoyé. J'en fais l'aveu ici même, j'ai pactisé avec des forces démoniaques pour tirer mon fief de l'étreinte ducale. Je pensais pouvoir détruire ces alliés contre-nature quand mon but serait atteint, mais je me suis lourdement trompé. J'ai ouvert des portes qui auraient du rester fermées, je mérite mon sort. Je me suis moi-même condamné. »

Le seigneur baissa la tête. Il éclata en sanglots.

Le Capitaine de Seine resta silencieux un moment. Son front était plissé. Il prit enfin la parole.

« - Si je ne m'abuse, je conclus que vous avez pactisé avec une sorcière. Peut-être pourrons-nous sauver votre honneur si vous nous aidez à retrouver celle-ci. J'ai déjà été confronté à ce genre de problème. Si nous la retrouvons vivante, nous pouvons mettre un terme rapide à l'épidémie que vous avez provoqué. »

Les sanglots du Seigneur redoublèrent.

« - La sorcière est morte. Je l'ai tué de mes propres mains... »

« - Alors, nous devrons tout détruire. Philippe, sachez que vous resterez dans l'histoire comme l'homme qui a entrainé Fort-aux-Bois à sa perte. »

Par Steuf ! Rabier - Publié dans : Episodes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 19 mai 2009

Je viens de mettre à jour le prologue, l'épisode 1 et 2 avec des illustrations de Pitch54.

 

Je tiens sincèrement à le remercier pour son excellent travail !

 

A bientôt pour l'épisode 6 !

Par Steuf ! Rabier - Publié dans : Infos
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 2 mai 2009
« - Ma Dame, je ne tolèrerai plus ces attitudes à ma cour ! »

Dame Aimerud ne répondit pas. Philippe l’Agile était entré en trombe dans la chambre maritale et s’était posté devant elle, les mains sur les hanches. La châtelaine continua de s’occuper de sa toilette comme si le Seigneur n’était pas là.

« - J’aurais du prévoir dès le soir de nos épousailles que vous ne me causeriez que du tort. Votre peuple n’est qu’un ramassis d’enfants égoïstes, vous n’êtes bon qu’à vous adonner à vos diableries ! Vous osez me toiser alors que j’ai défendu votre honneur face à ce fichu capitaine ! »

A ces mots, Aimerud sentit une rage sourde se propager dans tout son être.

« - Me prendriez-vous pour une idiote, Mon Seigneur ? Mon honneur, vous l’avez trainé dans la boue ! A aucun moment de son exposé ce militaire ne m’avait mise en cause, et vous m’avez délibérément accusé afin de couvrir je ne sais quelle manigance ! »

Philippe agrippa le poignet d’Aimerud et ficha son regard noir dans le sien. Il se mit à parler à voix basse.

« - Je vous conseille de tenir votre langue, espèce de petite trainée païenne ! Comprendrez-vous un jour que malgré notre alliance, vous n’êtes et ne serez jamais sur vos terres ici ? Pour mes sujets, votre vie n’est rien. Ils vous tolèrent car j’ai su leur expliquer que l’alliance entre nos deux contrées serait bénéfique à long terme, vous mourriez qu’ils n’en porteraient même pas le deuil. Rappelez-vous cela si vous souhaitez vivre. En ces terres je puis tout me permettre, votre intégrité physique dépend de ma volonté. Un seul claquement de doigt, et plus personne ici ne se souviendra de Dame Aimerud de Fragelongue. »

Le Seigneur desserra son emprise et quitta la pièce.

Dame Aimerud se mit à frissonner.


---


« - Vas-tu donc rentrer bougre d’enfant ? »

Voilà bientôt un quart d’heure que Tom ignorait les appels de sa mère. Il savait que cela lui vaudrait une belle correction, mais la tâche à laquelle il s’affairait était bien trop importante. Il avait passé la plus belle partie de l’après-midi à creuser un réseau de galeries souterraines dans la neige. Il ne lui restait maintenant plus que quelques efforts avant d’atteindre les fourrés et pouvoir dignement appeler ce couloir « un passage secret ».

Le garçon attint rapidement la surface et finit son œuvre d’un coup de tête. Les cheveux enneigés, il scruta alors les alentours. C’était parfait. Avec un peu de chance, il gèlerait cette nuit et le froid consoliderait son labyrinthe. Il s’extirpa sans difficulté de son terrier et constata qu’il risquait ne de pas pouvoir profiter de ce lieu pendant quelques jours. Il neigeait abondamment et la nuit semblait être tombée depuis un bon moment. Ses parents lui feraient passer l’envie de trainer aussi tard, c’était certain. Il préféra chasser cette pensée désagréable encore un instant afin de profiter de la satisfaction du travail bien fait.
Soudain, Tom remarqua un attroupement sur la petite plaine qui le séparait de sa chaumière. Une douzaine de personnes semblaient errer sans but dans la neige et bizarrement, aucun d’entre eux n’avait prévu d’emporter une torche avec lui. Les différentes tailles qui composaient cette troupe de silhouettes lui firent comprendre qu’il n’était pas face à des brigands : Il y avait là des hommes, des femmes, ainsi que des enfants. Mais que faisaient-ils donc en pleine nuit et par ce temps? Ils n’étaient pas assez habillés pour parer à ce froid et pourtant aucun d’eux ne semblait en pâtir. Peut-être était-ce une de ces tribus de manants qui vivent par les routes et se serait laissé surprendre par le temps.

L’enfant se décida finalement à s’approcher d’eux. De toute façon, ils ne semblaient pas vouloir lever le camp, et s’il voulait rentrer chez lui, il devrait leur faire face. Si l’un d’entre eux tentait quoi que ce soit contre lui, il lui suffirait de hurler afin d’alerter son père. Il prit sa posture la plus fière, se mit à siffler sans entrain l’air le plus joyeux qu’il connaissait et avança d’un pas ferme vers ces gueux.

Certains membres de la troupe le remarquèrent. Lentement, sans aucun geste brusque, ils pivotèrent en sa direction comme s’ils avaient toujours voulu suivre celle-ci. Leurs démarches étaient lentes mais chacune possédait une caractéristique bien à elle : Celle du grand était lourde, ses pieds creusaient deux sillons réguliers. Celle de la petite bonne femme était claudicante, l’ensemble de son corps ne semblait servir qu’à trainer une jambe affreusement tordue. Etait-ce des lépreux ? Son père lui avait toujours dit d’éviter ces gens-là. Il suffisait que l’un d’entre eux pose une main sur votre épaule et vous étiez condamné à devenir une de ces abominations.

Tom décida de stopper sa marche. Il resta droit comme un piquet face à ces ombres qui maintenant se dirigeaient toutes vers lui. Il pensa un instant que cette stratégie était la meilleure, avec celle-ci un chat arrivait le plus souvent à calmer les ardeurs des chiens les plus féroces. Personne dans la meute ne sembla pourtant s’en émouvoir. Lorsqu’il put distinguer le visage de celui qui ouvrait cette marche, il ne réussit pas à hurler.

La moitié du visage de l’homme semblait avoir pourri. Tom avait déjà vu des lépreux lors de foires au fort, et celui-ci n’en était pas un. A certains endroits, on pouvait distinguer l’os de son crane et des vers s’échappaient de sa bouche qu’il semblait avoir le plus grand mal à garder fermée. Sans réfléchir, le garçon tourna les talons et s’enfuit en direction du bois.

Chacune de ses enjambées était accompagnée d’un sanglot. Mais pourquoi diable n’avait-il pas appelé au secours ? Il courrait dans ce bois sans aucune idée de l’endroit où il pouvait trouver refuge. En plus les arbres cachaient presque totalement la lumière de la lune et sa course devenait de plus en plus ardue. Sur sa gauche, il crut distinguer de nouvelles silhouettes qui lui emboitèrent le pas. A droite, un long gémissement grave se fît entendre. Il y’en avait donc partout dans ce bois ! Il tenta donc d’accélérer sa cadence. Malheureusement, son pied droit se prit dans une racine dépassant du sol, et avant de s’écrouler dans un cri, Tom crût entendre un craquement dans son membre.

L’enfant tenta de se relever, mais la douleur qui irradiait le long de sa jambe le renvoya à terre aussi sec. D’autres ombres apparurent tout autour de lui et s’approchèrent avec un peu plus d’entrain. Il put distinguer des plaintes qui semblaient trahir une certaine impatience. Une première masse se laissa tomber sur son abdomen, ne lui laissant plus aucun espoir de fuite. Le choc lui coupa le souffle et l’empêcha de hurler lorsque la chose lui brisa trois doigts comme pour les arracher de sa main. Une autre créature s’était assise au niveau de ses jambes et entreprit de sectionner la seule chair qui retenait son pied du reste de son corps. Le garçon crût mourir sous l’onde de douleur, mais ce n’était rien comparé à l’idée de ne pas savoir par qui il était démembré. Ce fût d’ailleurs la dernière pensée qu’il eut avant de s’évanouir.


--- 


« - Nous ne sommes désormais plus désiré dans l’enceinte du château. »

« - L’avons-nous été depuis notre arrivée ? »

Le Sergent Hardi comprit au regard noir du Capitaine de Seine qu’il aurait pu se passer de ce trait d’humour. Celui-ci était entré dans la taverne sous le regard médusé des habitués et s’était assis à la table du Sergent et Renan. Il se tourna vers l’aubergiste et commanda trois choppes.

« - Le banquet de ce soir fut catastrophique, et j’avoue en porter quelque peu le blâme. J’ai manifestement sous-estimé le Seigneur Philippe. Ce paysan a réussi à m’imputer un incident diplomatique qu’il a lui-même provoqué. »

« - Quand quittons nous le Fort ? » se risqua Hardi.

« - Vous quittez le Fort dès ce soir, Sergent. »

« - Ce soir ? Mais avez-vous vu qu’une tempête de neige se préparait ? Comment voulez-vous que nous réussissions à atteindre le Duché en vie ? »

« - Nous ? Ai-je donc parlé de nous ? Vous êtes le seul à partir. Enfin presque. Je pense que nous allons avoir besoin de certains de vos talents pour emmener Jehan la Jambe avec vous. Si nous le laissons encore une nuit dans ces geôles, je suis sûr qu’il sera sur un bûché demain dès la première heure. » 

« - Et nous, qu’allons-nous faire ? Lorsque le Seigneur Philippe aura eu vent de l’évasion de mon père, je ne donne pas cher de nos vies. » 

En réponse à Renan, de Seine eût un sourire malicieux.

« - Si tout se passe comme je l’ai prévu, demain nous serons les nouveaux maîtres du fort. »


---


« -Grand’ père, cesse ces enfantillages, je t’ai déjà dit que ta soupe n’était pas encore chaude ! »

Jacques Chevales répondit à sa petite-fille d’un grognement impatient.

Le vieil homme savait pertinemment qu’il ne gagnerait rien à éprouver les nerfs de son unique compagnie. Mais la frustration que lui provoquait la jeunesse insolente de la jeune femme le poussait à agir ainsi. Voilà presque quatre ans qu’il avait perdu l’usage de son corps ainsi que de la parole. Il travaillait à ses champs par une belle journée d’avril lorsque la chose arriva. Sur l’instant il eut vraiment peur de mourir, aujourd’hui il regrettait d’avoir survécu. Tout cela était arrivé sans bruit, comme le Tout-puissant sait si bien provoquer les plus horribles drames. De ce jour-là, il devint un fardeau pour sa fille, puis, après la mort de celle-ci lors d’une mauvaise chute dans la rivière, celui de sa petite-fille.

Pourtant, Clotilde était une perle. Elle s’occupait de lui sans jamais lui montrer le moindre signe d’amertume. Elle restait une jeune femme joviale, et malgré sa beauté, refusait toutes avances des jeunes paysans de la région. Elle acceptait son sort sans regret, elle aimait son grand-père, voilà tout. A ces pensées, Jacques eut envie de pleurer, mais le sourire de la jeune femme lui fit reprendre ses esprits.

La soupe était prête ! Clotilde tenait le bol bien chaud et s’apprétait à parler, lorsqu’un craquement de bois se fît entendre. La jeune femme fronça les sourcils et tendit l’oreille, mais aussitôt la porte et les deux fenêtres explosèrent. Une nuée de monstres répugnants, des pantins à forme humaine envahirent la petite pièce.

La jeune femme poussa un cri. Toute la meute se jeta sur elle et se la disputa comme des chiens les tripes d’un porc. Jacques regarda impuissant sa dernière descendante se disloquer suite aux assauts répétés des créatures.

Les choses prirent le temps de dévorer entièrement Clotilde. Jacques n’eut pas d’autre choix que de les regarder. Leur œuvre terminée, ils quittèrent lentement la chaumière sans même s’intéresser au vieil homme. Quand la pièce fût complètement vide, Jacques laissa sortir un râle qui s’apparentait à un hurlement. Mais aucun de ces monstres ne revint pour terminer la besogne.


---


« A jointes mains vous proie, 
Douce Dame Merci,
Liés suis quand vous vois,
A jointes mains vous proie,
Ayez merci de moi,
Dame, je vous en prie,
A jointes mains vous proie,
Douce Dame Merci. »


Le Seigneur Philippe chantonnait dans les couloirs qui le menaient aux geôles. Belle soirée que celle-ci ! Il avait réussi tour à tour à désavouer sa femme, l’autorité du Duc, et ses hommes avaient réussi à retrouver la sorcière et à la capturer. Il organiserait une belle exécution demain. Il brulerait cette putain et le vieux la Jambe à la gloire du Seigneur. Ensuite il mettrait cette racaille de Capitaine aux arrêts. Le Duc aimait cet homme, Ce serait un excellent otage lorsqu’il déclarerait sécession au Duché.

Le garde en faction se mit au garde-à-vous et lui indiqua la cellule du fond. Philippe avança calmement et vit enfin sa prisonnière. C’était une belle jeune femme, ses yeux et ses cheveux étaient noirs, elle était certes un peu maigrelette mais les courbes de son corps éveillaient l’appétit sexuel du Seigneur. Il avait d’ailleurs ressenti cette attirance dès leur première rencontre. Mais il était homme de foi, et toucher à cette chair impie l’aurait mené droit en enfer, il le savait bien.

« - Je te retrouve enfin ! Ou pensais-tu donc aller hérétique ? »

« - Sale chien hypocrite ! Je savais très bien que tu essaierais de te débarrasser de moi une fois obtenu ce que tu voulais ! » 

« - Alors pourquoi m’avoir aidé, Putain ? Sûrement pour pouvoir t’adonner à tes pulsions diaboliques … »

La femme éclata de rire.

« - Pourquoi ? Philippe, en faisant appel à moi, tu as ouvert des portes dont tu aurais du même ignorer l’existence. Je ferai de ta terre une terre de mort et de désolation. N’entends-tu pas déjà la marche funèbre qui se joue en ton honneur ? Tu as cru te servir de moi alors que tu étais mon instrument, Philippe… »

Le Seigneur senti monter la colère en lui.

« - Garde ! Ouvrez la grille ! »

Quand plus rien ne le sépara de la sorcière, Philippe prit le gourdin du garde et se mit à frapper le visage de la femme. Celle-ci riait bruyamment malgré les coups violents que lui assénait le Seigneur. Quand le rire stoppa, il continua à frapper encore quelques bonnes minutes. Il se redressa enfin et ordonna au garde :

« - Brulez-moi cette chose. »

Il sortit des geôles, toute trace de joie avait disparu en lui.

Par Steuf ! Rabier - Publié dans : Episodes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles

Suivre ce blog

Annuaire

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus