Le Lieutenant de Seine ouvrit péniblement les yeux et se retint de ne pas maugréer après le coup de pied que son Capitaine avait mis dans sa paillasse. Cela faisait sept jours que ses nerfs
étaient mis à rude épreuve. Le froid, l’humidité et les nuits de trois heures peuplées d’horribles cauchemars… il pensa qu’il se souviendrait longtemps de sa première mission en temps
qu’officier.
Le jeune homme tenta de deviner l’heure qu’il était, mais le ciel était rouge sans interruption depuis deux jours. Il se leva et quitta sa tente en titubant. Pendant sa pause, les soldats
n’avaient pas chômé se dit-il ; Maintenant l’ensemble des chaumières étaient en flamme. Régulièrement les hommes alimentaient les brasiers en y jetant les dépouilles des villageois transformé ou
non en ces aberrations.
De Seine monta à grands pas en direction du poste d’observation. Le Duc se tenait droit face au carnage et serrait les poings. Quand il vit arriver le jeune lieutenant, il sembla se détendre un
peu.
« -Ah, mon garçon ! Te voilà enfin ! »
« - Vous m’avez fait quérir, Sire ? »
« - Oui. Je sais que tes nuits sont courtes mais j’avais besoin de converser un peu… Tu m’excuseras ce caprice, j’espère. »
« - Je suis à vos ordres, Sire. »
« - Certes, mais je sais que tu es plus que ça. Tu l’as démontré tout au long de cette manœuvre. Alors que mes capitaines et mes conseillers me suppliaient de trouver une solution moins radicale,
tu n’as émis aucune objection. Oh ! Je sais très bien que ce n’est pas un simple signe de soumission. En t’observant, j’ai remarqué ton verbe tranchant et ton absence de diplomatie envers tes
supérieurs… Non ! Tu as compris instinctivement ce que la situation impliquait. Tu es de la même race que moi, mon garçon. Tu es un dirigeant né.
Je sais bien que dans mes rangs, certains prennent un plaisir malsain à anéantir tout ce qui vit dans ce fief, mais tu n’es pas de ceux là. Je suis même sûr que ta conscience te brûle à chaque
moment de répit… N’est-ce pas ?
De Seine eut un sourire gêné.
« - Je ne dors presque plus, Sire… »
« - Tout ce que nous faisons, mon garçon, l’Histoire ne s’en souviendra pas. D’ailleurs, je ferai tout pour qu’il en soit ainsi. Mais nous savons tous les deux que les générations à venir nous
devront tout. Ces charniers, ces meurtres, ces horreurs, nous les commettons pour eux. »
A ce moment précis, le jeune lieutenant était confus. Il oscillait entre la fierté de savoir l’estime et la confiance que le Duc lui portait, et une haine féroce en son encontre. Il savait qu’à
cause de tout ce qu’il venait de vivre, quelque chose venait de mourir en lui. Mais c’était vrai, il savait pertinemment que le sang qu’il avait sur les mains n’avait pas coulé en vain. Si
c’était à refaire, il le referait.
« - Maintenant Lieutenant, notre tâche est terminée ici. Il est temps pour nous de détruire la source de ce mal… »
« - La source, Sire ? »
« - Une sorcière. »
Si de Seine pensait avoir vécu les pires moments de sa vie, il ne savait pas encore que cette chasse aux sorcières lui réservait le pire.
Aujourd’hui tout recommençait. Bien qu’il ne soit plus un jeune lieutenant, cette idée le fit frémir à nouveau.
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« - Hardi ! »
« - Rien ! »
« - La Jambe ! »
« - Rien ! »
Une heure qu’ils fouillaient chaque pouce de ce bois. Les cris du Capitaine et les réponses devenaient presque une berceuse aux oreilles de Renan. Le jeune homme était épuisé par le froid, et
chacun de ses pas dans la neige semblait en valoir quatre. Si au moins il savait ce qu’il cherchait !
Tantôt, quand de Seine et Hardi étaient revenus devant la chaumière, Renan supposa qu’ils avaient découvert quelque chose de grave. Le Capitaine, jusqu’ici cassant, semblait absent. Il congédia
les soldats du Seigneur poliment. Les deux pauvres bougres refusèrent prudemment, mais l’officier insista sans perdre de sa courtoisie. Après leur départ, Il se tourna vers Renan.
« - Mon garçon, nous allons fouiller ce bois. A la moindre alerte, tu nous hèles. Pas d’héroïsme, Promets le moi. »
Renan fut désarçonné par ce ton paternel. Il bafouilla son accord et la battue commença.
Depuis, rien. Une bonne heure de recherche s’était écoulée et hormis quelques mulots qui tentaient l’aventure au milieu de la neige, Renan n’avait rien vu. C’est au moment où le jeune homme
commença à laisser errer son esprit qu’il trouva la chose.
Ce qui avait été un homme se tenait au pied d’un arbre, bouche ouverte et semblait vouloir fixer un point invisible sur son propre front. Il émettait un râle grave sans discontinuer, et l’arrivée
de Renan ne le perturba pas.
« -La Jambe ! »
« -La Jambe ! »
Renan ne put répondre. Rien ne pouvait sortir de sa bouche, son corps était pétrifié sur place. Il était persuadé que s’il faisait le moindre bruit, le monstre le remarquerai et le tuerait sur le
champ.
« -La Jambe ! »
« -La Jambe ! Répondez, Bon sang ! »
Ne pas bouger, la chose ne le verrait pas. Ne plus respirer, ne plus penser. Ce monstre ne le trouverait pas, il était trop bien caché pour cela…
« -La Jambe, espèce de petit imbécile, répondez, hurlez ! »
Soudain, le cadavre sortit de sa contemplation et remarqua Renan face à lui. Il renifla en sa direction, tendit les bras et s’approcha lentement. Son râle se faisait impatient, presque
joyeux.
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« - Quel idiot ! Pourquoi ne l’ai-je pas renvoyé au Fort comme les deux autres crétins ? »
Le Sergent arrivait déjà vers Le Capitaine de Seine.
« - La Jambe ! La Jambe ! »
Seul le vent glacé lui répondit.
« - Sergent, ses dernières réponses semblaient venir de l’ouest. Essayons de récupérer le gamin avant qu’il ne soit totalement démembré. »
Le sergent se contenta d’un regard inquiet comme réponse, et défourailla son épée. De Seine fît de même et prit la tête de leur marche.
Soudain, un hurlement brisa le silence du bois. Comme celui d’un enfant terrorisé, entrecoupé de pleurs. Les deux militaires se mirent à courir désespérément vers celui-ci. Le Capitaine de Seine,
qui n’avait jamais cru en Dieu, se surprit à prier.
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Un roman feuilleton en ligne - Au moyen-âge, d'horrible meurtres cannibales sont commis. Le Duc envoie son homme de confiance enqueter sur ces morts mystérieuses.